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Un cœur artificiel pour un choix rationnel

humeur du 08/03/2014

Un cœur artificiel pour un choix rationnel

Le premier patient au monde ayant reçu un cœur artificiel autonome, de technologie française, vient de décéder deux mois et demi après son intervention à l’âge de 76 ans.

Il y aura toujours deux types de réactions après ce genre de fait. Demi victoire pour les uns, puisqu’un patient a pu vivre plus de deux mois avec une telle prothèse et après une intervention d’un très haut niveau de sophistication. Demi-échec pour les autres, puisque deux mois et demi de survie de piètre qualité sont négligeables au regard de la raison clinique.

Les uns sont progressistes, confiants en une technologie sans limite, ils ont compris l’ampleur du marché sanitaire et veulent en faire profiter notre pays. Ils ont raison, car ce qui est bon pour notre pays est certainement bon pour notre santé.
Les autres sont volontiers conservateurs, revendiquent un humanisme parfois désuet et jugent qu’il est trivial de greffer un cœur artificiel tout neuf sur un système vasculaire usé de 76 ans. Ils ont raison, car ce patient n’a évidemment gagné ni quantité ni qualité de vie et on peut raisonnablement penser qu’il en sera de même pour beaucoup d’autres après lui.


Les uns peuvent victorieusement clore le débat en rétorquant qu’il n’y aurait jamais eu aucun progrès sans audace, sans risque et sans échec.

C’est pourquoi, il faut situer ce débat ailleurs, au niveau des choix stratégiques de notre pays. Il faut admettre sans honte que les enjeux de ce progrès sont plus d’ordre commercial que d’ordre clinique et prendre les mesures pour en garantir les brevets et en protéger les inventeurs. Il faut avoir le courage d’admettre que le grand marché de la santé est très prometteur et qu’il ne pourra s’épanouir que s’il est dissocié de la solidarité nationale.

La solidarité a pour but d’assurer la protection maternelle et infantile, d’éduquer, de porter assistance aux déshérités et aux blessés, d’empêcher les morts prématurées, et d’entourer dignement les mourants. Elle n’a pas pour but de rembourser de médiocres médicaments pour une hypothétique protection vasculaire ou cognitive, ni de promouvoir des chimiothérapies ou des prothèses artificielles qui font laborieusement gagner quelques mois ou semaines de vie à de très rares concitoyens.

Pourquoi ne pas mettre simplement, sans cynisme de part et d’autre, chaque chose à sa place. Le marché est devenu trop important pour que l’on s’en passe, la solidarité nationale est trop indispensable pour qu’on lui fasse courir le moindre danger.


Si la France ne se décide pas rapidement à séparer le public du privé, à comprendre enfin que le marché et la solidarité doivent être séparés pour s’alimenter l’un l’autre, alors notre merveille technologique de cœur artificiel terminera en Californie et nous la rachèterons à prix d’or en la faisant payer par des augmentations de charges sociales au prétexte fallacieux que quelques jours éventuels de survie n’ont pas de prix.

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