lucperino.com

Alzheimer (maladie d')

dernière mise à jour le 15/12/2014

I /Les mots et les faits

 

  • C’est la plus fréquente des maladies neuro-dégénératives (120 000 nouveaux cas par an en France contre 11 000 pour la maladie de Parkinson). On considère que 15% des personnes de plus de 75 ans en sont atteintes.
  • Son origine est multifactorielle. Parmi les facteurs de risque les plus fréquemment cités, on retrouve : intoxication par le mercure et l’aluminium, pays riches, zones urbaines, consommation de psychotropes, traumatismes, dépressions (surtout en cas de déficit cognitif léger préalable1).
  • Le niveau d’éducation joue un rôle indirect selon la théorie de la « réserve cognitive » : les signes évidents de la maladie apparaîtraient plus tardivement si le niveau est élevé.
  • Les facteurs génétiques ne sont retrouvés de façon incontestable que dans certaines formes rares à début très précoce (moins de 5% des cas)
  • La cause vasculaire est de plus en plus souvent évoquée2. Ceci laisse penser que toutes les causes des maladies vasculaires doivent aussi prises en compte (sédentarité, tabac, surcharges métaboliques, hypertension, obésité, etc.)
  • Les symptômes classiques sont :
    • Perte de mémoire immédiate, puis ancienne, puis inefficacité de l’indiçage (l’indiçage est la fourniture d’un indice pour aider le souvenir)
    • Difficultés dans les tâches familières (repas, courses, ménage, etc.)
    • Troubles du langage (incohérences, répétitions, substitutions de mots)
    • Désorientation spatiotemporelle (rue, dates, saison, nuit/jour)
    • Difficultés de jugement (bon sens, convenances, évaluation des risques)
    • Perte des notions abstraites (chiffres, calcul, aiguilles de l’horloge)
    • Troubles de l’humeur (pleurs et rires soudains, baisse de l’empathie, pas de projet)
    • Perte des fonctions exécutives (remplir un formulaire, utiliser un répertoire)
    • Apraxie : perte des gestes complexes (habillage, bricolage, machines)
    • Agnosie : non reconnaissance des visages, des panneaux, des objets.
  • La progression irréversible de plusieurs de ces symptômes avec retentissement social important permet de confirmer le diagnostic de démence de type Alzheimer (après vérification de l’absence d’autres maladies pouvant expliquer ces symptômes)
  • Des tests très simples permettent à la famille d’orienter le diagnostic :
    1. Répéter 5 mots après un court délai (sans et avec indiçage)
    2. Dire l’heure à partir du dessin des aiguilles d’une horloge
    3. Vérifier 4 activités quotidiennes simples (téléphoner, transports publics, gestion des finances, gestion des médicaments)
  • Les médecins utilisent essentiellement deux tests : le MMS(mini mental score)noté sur 30 et l’IADL(international activities of daily living)un peu plus complexe.
  • En France, la grille AGGIR est utilisée uniquement pour accorder une allocation pour perte d’autonomie (APA)
  • Le diagnostic est essentiellement clinique. Il a rarement besoin de confirmations plus savantes (atrophie corticale à l’IRM, présence de protéines tau à la ponction lombaire, plaques amyloïdes sur la biopsie cérébrale)

 

II /Combattre les idées reçues

 

  • Beaucoup considèrent que le déficit cognitif léger lié à l’âge est le signe précurseur de la maladie d’Alzheimer. C’est faux. Presque tous les symptômes de la maladie d’Alzheimer peuvent être présents de façon variable et sporadique chez n’importe quelle personne âgée en cas de fatigue ou au décours d’une maladie. La plupart des centenaires n’ont pas la maladie d’Alzheimer.
  • L’âge n’est pas un facteur de risque direct de la maladie d’Alzheimer, il est le multiplicateur de tous les autres facteurs de risque. Il s’agit simplement d’une maladie neuro-dégénérative d’apparition tardive.
  • Contrairement à ce qui est souvent dit, la précocité du diagnostic n’améliore pas le pronostic. Le diagnostic doit être confirmé pour obtenir les aides nécessaires ; or, la confirmation précoce est très difficile en raison du risque de confondre cette maladie avec un déficit cognitif léger lié à l’âge.
  • Il est évident que la pression du marché médicamenteux est très forte pour entretenir la confusion entre ces deux maladies et faire assimiler la gravité de l’une à celle de l’autre.

 

III/Les idées-forces

 

  • Cette maladie est avant tout un drame familial. On considère que pour 1 million de personnes malades, la vie quotidienne de 3 à 4 millions de proches est largement perturbée.
  • Il s’agit d’un énorme défi social et sanitaire en raison du vieillissement de la population et du coût énorme tant du placement en institution que des aides pour le maintien à domicile. Actuellement, 30% des patients vivent en institution contre 70% à domicile.
  • Actuellement, tous les médicaments proposés dans cette maladie ont un ratio bénéfices/risques défavorables3, ils présentent des interactions dangereuses avec d’autres médicaments fréquemment prescrits chez les personnes âgées. Les effets secondaires sont d’autant plus sévères que les patients sont dans l’incapacité cognitive de bien les relater et les médecins dans la difficulté de les évaluer au milieu des multiples symptômes de la maladie.
  • Les médicaments ont un effet « doping » en apportant une amélioration passagère de quelques mois suivie d’un retour à un état, au mieux, équivalent à l’état antérieur.
  • Les études indépendantes confirment que les traitements actuels les plus efficaces sont non médicamenteux : entourage, affection, kinésithérapie, stimulation intellectuelle4, régime alimentaire5, marche6,7et exercice physique8,9.

 

IV/L’espace d’éducation et de progrès

 

  • Comme pour toutes la plupart des maladies vasculaires et dégénératives, il faut considérer que l’essentiel du progrès à espérer se trouve dans la prévention et non dans le traitement.
  • Enfin les traitements médicamenteux, même s’ils arrivaient un jour à présenter une efficacité minime grâce aux progrès de la recherche, ne doivent pas nous faire oublier que les traitements essentiels sont sociaux, affectifs, physiques et cognitifs.

 

V/Radio trottoir des erreurs quotidiennes

 

  • 1/ J’oublie souvent où j’ai mis mes clés, j’ai peur d’avoir la maladie d’Alzheimer.(Non, rien ne le prouve, le déficit cognitif léger lié à l’âge n’est pas un signé précurseur. Nous allons faire des tests simples pour voir où vous en êtes. Par contre si le souci de votre âge vous déprime, sachez que la dépression est un facteur de prédisposition et d’aggravation pour la maladie d’Alzheimer.)
  • 2/ Ma mère avait la maladie d’Alzheimer, j’ai peur de l’avoir.(Premièrement, il faudrait avoir la certitude que c’était bien une maladie d’Alzheimer, car vous me dites qu’elle l’a eue à 90 ans. Ensuite les causes génétiques semblent être très faibles dans cette maladie puisqu’elles concernent moins de 5% des cas)
  • 3/ Je mélange parfois les prénoms de mes petits-enfants(même réponse qu’en 1)
  • 4/ Parfois, je prends ma voiture et je prends par habitude un chemin qui n’est pas celui où je dois aller.(La distraction n’est pas un signe précurseur de la maladie d’Alzheimer) + (même réponse qu’en 1)

Bibliographie

Abbott RD et coll.
Walking and dementia in physically capable elderly men
JAMA, 2004, 292, p 1447-1453.

Gorospe EC et coll.
The risk of dementia with increased body mass index.
Age and ageing 2007; 36: 23-29

Kuo HK et Coll.
Cognitive Function, Habitual Gait Speed, and Late-Life Disability in the National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES) 1999-2002.
Gerontology 2007,53, p 102-110.

La Revue Prescrire (LRP)
Maladie d'Alzheimer et traitement médicamenteux
Prescrire, déc 2008, 302, p 929-934.

Larson EB et coll.
Exercise is associated with reduced risk for incident dementia among persons 65 years of age and older
Ann Int Med., 2006, 144, p 73-81.

Modrego PJ et coll.
Depression in patients with mild cognitive impairment increases the risk of developing dementia of Alzheimer type. A prospective cohort study
Arch Neurol 2004, 61, p 1290-1293.

Podewils LJ et coll.
Physical activity, APOE genotype, and dementia risk : findings from the Cardiovascular Health Cognition Study.
Am J Epidemiol 2005, 161, p 639-651.

Richards M et Deary IJ.
A life course approach to cognitive reserve : a model for cognitive aging and development.
Ann Neurol, 2005, 58, p 617-622.

Stefani A et coll.
CSF biomarkers, impairment of cerebral hemodynamics and degree of cognitive decline in Alzheimer's and mixed dementia.
J Neurol Sci, 2009, 283, p 109-115.

RARE

Site médical sans publicité
et sans conflit d'intérêts.

 

Vous aimerez aussi ces humeurs...

Devoir de vulgarisation - Beaucoup de scientifiques pensent que la vulgarisation est une perte de temps et [...]

Publicité anti-tabac - Récemment entendu sur un grand média : « la publicité contre le tabac est efficace [...]

Allume-feu - Il n’existe pas de bonne médecine, en tout cas pas de médecine scientifique moderne [...]

Quelles générations futures ? - Le problème des « générations futures » accompagne les débats médiatiques autour [...]

Fluctuations des gains et pertes sanitaires - Le Démon a perdu beaucoup de ses possédés lorsque l’épilepsie est devenue une maladie, mais [...]

La phrase biomédicale aléatoire

Fixer l'objectif d'un traitement avant qu'il ne démarre est irréalisable, car déterminer l'objectif est en soi-même une partie du traitement.
― Annemarie Mol

Haut de page