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Verrues

dernière mise à jour le 03/05/2018

I/ Les mots et les faits

  • Papillomavirus (VPH ou HPV) : très grande famille d'environ 200 virus à l'origine de verrues, condylomes, dysplasies et cancer du col de l'utérus.
  • Verrue : tumeur cutanée bénigne à papillomavirus qui disparait spontanément en deux mois à deux ans chez les personnes immunocompétentes.
  • Personne immunocompétente : tout le monde à l’exception des patients traités par immunosuppresseurs (greffés), des patients atteints du SIDA et de certaines maladies rares (enfants-bulles).
  • Fréquence : un enfant sur trois, un jeune adulte sur cinq
  • Localisation : les verrues peuvent siéger partout, mais préférentiellement sur les mains et les pieds.
  • Verrue plantaire : c'est une verrue comme les autres, mais son siège sous la plante du pied l’expose davantage aux traumatismes répétés.
  • Elles sont favorisées et aggravées par les micro-traumatismes.

II/ Combattre les idées reçues

  • Toutes les verrues disparaissent naturellement en moins de deux ans, sauf si elles sont traumatisées ou chez une personne immunodéficiente
  • Tous les traitements proposés pour soigner les verrues ne sont pas plus efficace qu'un placebo, leur liste est longue et cocasse : chélidoine (appelée aussi herbe à verrue), ’homéopathie, ail, oignon, antimoine, acide salicylique, acide lactique, glutaraldéhyde, nitrate d’argent, 5 fluorouracile, cantharidine, et même l’hypnose !
  • Beaucoup de ces traitements sont dangereux en favorisant l’auto-contagion et les cicatrices disgracieuses.
  • Les méthodes chirurgicales (scalpel, grattage, électro-coagulation, laser) sont toutes vivement déconseillées, car elles traumatisent les verrues, favorisent la dissémination locale et provoquent des cicatrices disgracieuses.

III/ Les idées forces

  • L'azote liquide est la seule méthode éventuellement utile lorsqu'une verrue dure plus de deux ans ou qu'elle est régulièrement traumatisée
  • La méthode dite de « l’occlusion » par un sparadrap ou un vernis quelconque ne guérit pas plus les verrues que tous les autres placebos, mais on la conseille parfois pour éviter l’auto-contagion ou la contagion interpersonnelle
  • La verrue plantaire est parfois douloureuse et gêne le patient. Parce que le pied est soumis incessamment à des micro-traumatismes. Cela donne bien la preuve que les traumatismes sont mauvais pour les verrues et qu’il faut donc éviter toutes les méthodes agressives de traitements.
  • Pour soigner la verrue plantaire, On peut aussi s'abstenir de tout traitement en empêchant les traumatismes en entourant la verrue de bourrelets de coton.
  • Pour les verrues plantaires, il faut cependant souvent en arriver à un traitement par l'acide salicylique suivi de cryothérpie (azote liquide ou bombe cryogénique).
  • Les verrues plantaires qui gênent le plus longtemps sont celles qui ont été le plus longtemps soignées par un grand nombre de méthodes !
  • Les verrues situées près des ongles ont aussi tendance à durer plus longtemps et peuvent nécessiter l'azote liquide quand elles durent plus de deux ans

IV/ Espace d'éducation et de progrès

  • Il est très difficile de savoir s’abstenir de tout traitement. Cela semble hélas aussi difficile pour les patients que pour les médecins spécialistes. Pourtant l’abstention est le meilleur traitement des verrues.
  • D’une manière générale, c’est lorsque les maladies guérissent spontanément qu’il existe le plus grand nombre de traitements jugés efficaces.
  • Aucune étude sérieuse et indépendante ne confirme l’intérêt d’un traitement quelconque pour les verrues. L’abstention est TOUJOURS le meilleur choix, même pour les verrues qui durent longtemps, car elles ne dureront pas moins longtemps avec n’importe quel traitement. C’est le plus difficile à comprendre.
  • Les verrues guérissent beaucoup plis difficilement chez les fumeurs et le risque de récidive est multiplié par 5.

V/ Radio trottoir des erreurs quotidiennes

  • Mon fils a des verrues depuis deux ans, on a tout essayé, rien ne marche. (Il n’a probablement plus de verrues, ce sont simplement les cicatrices disgracieuses de tout ce qui a été fait pour les enlever)
  • Le dermatologue me coûte trop cher, j’ai acheté un spray d’azote liquide. (Il ne faut pas utiliser l’azote liquide, ce peut être nuisible surtout au début. Les dermatologues honnêtes n'utilisent l’azote liquide pour certaines verrues plantaires très gênantes ou des verrues qui durent très longtemps)
  • On dit que les verrues sont contagieuses. (On ne peut pas vraiment parler de contagion pour les verrues. Les papillomavirus existent partout et la primo-infection est systématique chez tout le monde, mais parfois, elle ne se manifeste pas du tout.)
  • On dit qu’il ne faut pas aller à la piscine. (On conseille parfois d’éviter la piscine pour les verrues plantaires, mais c’est surtout en raison de l’auto-contagion due au traumatisme de la marche nu-pieds.) (Toujours le même problème du traumatisme des verrues.)

Bibliographie

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Risk factors for recurrence after successful treatment of warts: the role of smoking habits
J Eur Acad Dermatol Venereol. 2017 Apr;31(4):712-716
DOI : 10.1111/jdv.14086

Bruggink SC, Gussekloo J, de Koning MN, Feltkamp MC, Bavinck JN, Quint WG, Assendelft WJ, Eekhof JA
HPV type in plantar warts influences natural course and treatment response: secondary analysis of a randomised controlled trial
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Wath is the efficacy of duct tape as a treatment for verruca vulgaris ?
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La phrase biomédicale aléatoire

“ Hôpital ”. Ce lieu public est vécu comme une personne morale omnisciente. Le patronyme des médecins, internes ou infirmiers y exerçant n’est jamais mentionné, mais seulement le "on" anonyme. Ce "on", qui a été un instant le complice et le soutien moral, est évoqué avec respect. "On" m'a passé des radios. "On" m'a dit qu'il fallait l'avis d'un spécialiste. "On" m'a demandé si j'avais des antécédents. "On" m'a parlé d'un scanner. Bien sûr, nul ne saura jamais qui était ce “ on ”, quel était son grade, interne ou aide-soignante, son autorité, son savoir, ni ce qu'il a réellement dit, évoqué ou pensé tout haut. Peu importe ce "on" résidait à l'hôpital, ce "on" était l'hôpital lui-même.
Christiane ne sera désormais plus tout à fait la même, car elle a côtoyé ce “ on ” là.
― Luc Perino

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