lucperino.com

Enurésie

dernière mise à jour le 09/01/2020

I/ Les mots et les faits

  • Miction : action d’uriner
  • Enurésie : Miction involontaire et incontrôlable pendant le sommeil chez les enfants de plus de 5 ans
  • Enurésie nocturne : ce terme doit être abandonné, car il n’y a pas d’énurésie diurne
  • Incontinence urinaire : perte d’urine incontrôlable permanente ou intermittente pendant la journée.
  • Enurésie primaire : Lorsque l’enfant a toujours mouillé son lit
  • Enurésie secondaire : Enurésie qui survient après une période de propreté de 6 mois ou plus
  • Enfant continent : Enfant qui ne fait plus pipi au lit la nuit pendant plus de 6 mois
  • Enfant incontinent : Enfant qui fait encore souvent pipi au lit la nuit
  • Enurésie primaire isolée (EnPI) (ou monosymptomatique) : lorsqu’il n’y a aucun autre symptôme urinaire ou autre pendant la journée.

II/ Combattre les idées reçues

  • L’énurésie primaire n’est ni un trouble psychologique, ni un trouble mental
  • Mais elle peut avoir des répercussions sur le psychisme de l’enfant
  • Il ne faut pas confondre la cause et l’effet.
  • Elle peut aussi avoir des répercussions sur la famille.
  • Les troubles psychiatriques primitifs ne sont pas plus fréquents chez les énurétiques que chez les autres enfants de même âge.
  • Inversement, l’énurésie secondaire a souvent une cause psycho-affective.
  • L’énurésie n’a aucun caractère de gravité.
  • On ne doit pas parler d’énurésie avant l’âge de 5 ans
  • L’énurésie est fréquente, elle touche environ 10 % des enfants de 5 à 10 ans.
  • L’énurésie guérit presque toujours sans traitement ou avec des mesures simples
  • Lorsque l’énurésie dure jusqu’à l’âge adulte, il ne s’agit pas d’une énurésie isolée, mais d’un trouble plus complexe. (Aucune énurésie ne dure jusqu’au service militaire !)
  • Pour éviter les diagnostics ou traitements abusifs, il faut connaître l’évolution normale des enfants :
    • 3 ans : presque tous les enfants ont une continence urinaire totale le jour, mais pas la nuit.
    • 4 ans ½ : 20% des enfants mouillent leur lit au moins une fois par semaine
    • 5 ans : encore plus de 15% des enfants mouillent leur lit au moins une fois par semaine
    • 6 ans : 4% 1 à 2 fois par semaine et 2% toutes les nuits
    • 7 ans : 4% des enfants une fois par semaine et 10% deux fois par an.
    • 11 ans : 1,5% des enfants mouillent une fois par semaine et 3% deux fois par an
    • 15 ans : 1 à 2 % des enfants ont encore une ou deux mictions nocturnes par an
  • L’énurésie concerne 2 garçons pour une fille.
  • 1% des adolescents et 0,5% des adultes mouillent encore parfois leur lit, mais ce n’est presque jamais une énurésie isolée.

III/ Les idées forces

  • Le diagnostic est très facile
    • Il n’y a pas besoin de radio ni d’analyse s’il n’y a pas d’autres symptômes
    • On fait généralement une analyse rapide d’urine avec la bandelette urinaire
  • On classe les énurésies en 3 catégories
    • modérée : moins de 2 nuits humides par semaine
    • moyenne : 2 à 3 nuits humides par semaine
    • sévère : plus de 3 nuits humides par semaine
  • Il faut d’abord établir un calendrier simple et précis pendant une semaine
    • Pour savoir si c’est une énurésie isolée
    • Pour en évaluer l’importance
    • Dans la journée : fréquence et volume des mictions (faible, moyen, fort)
    • Nombre et type de boissons quotidiennes
    • Fréquence et consistance des selles
    • Nombre de nuits mouillées
  • Ensuite, il faut accompagner l’enfant et évaluer les répercussions sur lui et sa famille
  • L’enfant présente
    • souvent une perte de l’estime de soi à un moment important de son développement
    • Parfois il peut aussi être triste, gêné d’en parler, voire humilié
    • Plus rarement des troubles de l’humeur
  • Il y a un retentissement sur les relations familiales
    • tensions, culpabilité, sentiment d’injustice
  • Il y a un retentissement sur les relations sociales
    • Limitations d’activité : dormir chez des amis, séjours en collectivité
  • Il faut déculpabiliser l’enfant et ses parents
  • Il ne faut faire aucun traitement avant l’âge de 6 ans
  • L’énurésie évolue presque toujours favorablement sans traitement
    • 15% des enfants guérissent chaque année entre 7 et 12 ans
    • 11% guérissent chaque année entre 12 et 17 ans
    • 99% des enfants atteints à 7 ans n’ont plus d’énurésie à l’âge adulte
  • Le traitement consiste en des mesures simples
    • Celles qui sont assez efficaces
      • Aller aux toilettes au lever, plusieurs fois dans la journée et au coucher
      • Limiter les boissons après 18h
      • Prendre plus du tiers des boissons de la journée au petit déjeuner
      • Supprimer les boissons sucrées gazeuses ou lactées après 16h
      • Aller aux toilettes avant de se coucher et y retourner après le brossage de dents ou lavage de mains
      • Eventuellement participer au changement des draps
    • Celles qui ne sont pas très efficaces
      • Les récompenses telles que les étoiles ou soleils sur un cahier risquent de dévaloriser l’enfant qui n’y arrive pas.
      • Réveiller l’enfant pour aller aux toilettes risque de perturber son sommeil et de fatiguer la famille
      • Utiliser des housses de matelas et draps jetables élude le problème et peut donner l’impression d’abandon ou d’échec
  • Il faut un traitement plus complexe dans les cas suivants :
    • énurésie quotidienne après 7 ans
    • plus de 3 fois par semaine après 9 ans.
  • Traitement et mesures plus complexes
    • Systèmes d’alarme
      • Ce sont des sondes détectant l’humidité (son ou vibrations)
      • Il faut des enfants et parents très motivés ++
      • Il ne faut pas l’utiliser si l’énurésie est source de tensions familiales
      • Les parents doivent souvent aider l’enfant à se réveiller
      • L’efficacité est assez bonne, mais pas immédiate 
        •  2/3 de guérison pendant le traitement
        • 45% de guérison après arrêt du traitement
      • Il y a une forte contrainte et souvent une anxiété
      • Certaines alarmes intempestives peuvent conduire à l’abandon
    • Desmopressine
      • C’est un analogue de l’hormone antidiurétique
      • Un comprimé à prendre le soir pendant 3 mois au maximum
      • L’efficacité est immédiate
      • A utiliser en cas de besoin d’effets rapides
        • Tensions familiales
        • Séjour de l’enfant hors de la maison
      • Mais on n’a pas de preuve d’arrêt définitif durable
      • Il y a un risque d’intoxication par l’eau
        • Céphalées, confusions, convulsions
        • ne pas boire une heure avant et 8 heures après le comprimé
      • Le lopéramide augmente l’absorption de la desmopressine et ses effets
  • Traitements à ne pas utiliser
    • Les médicaments atropiniques car ils sont dangereux
    • Les antidépresseurs imipraminiques peu efficaces et dangereux*
  • Les traitements alternatifs : acupuncture, homéopathie, hypnose sont mal évalués, mais ils ne sont pas dangereux
  • La chiropraxie est inefficace et dangereuse

IV/ Espace d’éducation et de progrès

  • Plusieurs facteurs et causes de l’énurésie primaire sont identifiés :
    • Le plus important est l’hérédité
      • 45% des enfants sont atteints quand l’un des deux parents a été atteint
      • 75% des enfants sont atteints quand les deux parents ont été atteints
    • Sommeil trop profond, ronflements, apnées du sommeil
    • Manque de maturité du réflexe de miction
    • Vessie de petite capacité ou vidange incomplète
    • Plus rarement, il s’agit du symptôme d’un autre problème
      • constipation (assez souvent)
      • diabète de type 1
      • infection urinaire, malformation urinaire ou maladie rénale
      • affection neurologique, spina bifida
      • Dans ces cas, il y a d’autres symptômes de la maladie causale
      • Il y a aussi des symptômes urinaires dans la journée : mictions urgentes, ou par saccades, incontinence urinaire, etc.
    • Très rarement la cause est médicamenteuse (antiépileptiques dérivés de l’acide valproïque)
  • Il faut aussi savoir que l’énurésie est plus fréquente chez les hyperactifs (TDAH)
    • 20 % des enfants présentant un TDAH ont une énurésie
    • 10 % des énurétiques souffrent de TDAH
  • Causes des énurésies secondaires :
    • Ce sont celles qui apparaissent après plus de 6 mois sans mouiller le lit
    • Il s’agit le plus souvent d’un facteur psychologique 
      • naissance d’un frère ou d’une sœur
      • séparation des parents

V/ Radio trottoir des erreurs quotidiennes

  • Il a refait pipi au lit quand sa petite sœur est née. Il y a certainement un lien si c’est un enfant qui ne faisait plus pipi au lit depuis plus de 6 mois, on parle alors d’énurésie secondaire. Mais ce peut-être aussi une coïncidence avec les derniers accidents du développement normal de l’enfant
  • On me dit qu’il fait pipi au lit, car il est hyperactif. On ne connaît pas le lien direct entre les deux, on a simplement constaté que l’énurésie était plus fréquente chez les hyperactifs et inversement.
  • C’est une fille et elle mouille son lit, on m’avait dit que ce n’étaient que les garçons. Non les filles aussi, il y a simplement deux fois plus de garçons que de filles, et plus encore après 7 ans.
  • Elle a presque 6 ans et mon médecin ne veut rien faire. Il a raison, il ne faut commencer aucune mesure ou traitement avant 6 ans.
  • On me dit qu’il y a un médicament qui agit immédiatement. Oui, c’est la desmopressine, mais on ne doit l’utiliser qu’après avoir tout essayé et seulement dans les cas sévères après 7 ans. On ne peut faire que deux cures de trois mois au maximum. N’oubliez pas que 99% des enfants qui ont une énurésie à 7 ans, n’en auront plus à l’âge adulte.
  • On a donné un antidépresseur à mon enfant pour son énurésie. En effet, le Tofranil® a été prescrit pendant quelques décennies, car il avait un certain effet. Mais, il ne faut plus l’utiliser, car son rapport bénéfices/risques est négatif. Il ne faut d’ailleurs utiliser aucun médicament en dehors de la desmopressine dans les cas graves.

Bibliographie

Caldwell PHY, Sureshkumar P, Wong WCF
Tricyclics and related drugs for treating bedwetting in children
Cochrane review, 20 January 2016

Lenoir G
Enurésie
JIM, 14 dec 2011

Prescrire Rédaction
Enurésie isolée des enfants
Revue Prescrire, déc 2019, T 39, N° 434, p 915-922

Yeung CK, Sreedhar B, Sihoe JD, Sit FK, Lau J
Differences in characteristics of nocturnal enuresis between children and adolescents: a critical appraisal from a large epidemiological study
BJU Int. 2006 May;97(5):1069-73

 

Lire les chroniques hebdomadaires de LP

Vous aimerez aussi ces humeurs...

Gestation pour autrui : dernières affres du "tout génétique" - Le sujet des mères porteuses est très médiatique, car il ressasse l’impossibilité de choisir [...]

Argument de l'espérance de vie - Analyser et critiquer nos actions est source de progrès. Dans le domaine [...]

Dogme de la précocité - L’image de la médecine et de la chirurgie s’est historiquement façonnée dans des [...]

Sélection naturelle de la mauvaise science - Le système actuel de publication en biomédecine favorise et encourage les résultats faussement [...]

Obscurantisme officiel ou alternatif - Jusqu’au début du XX° siècle, toutes les thérapies ont reposé sur l’empirisme et la [...]

Autres fiches patients

Constipation - I/ Les mots et les faits Constipation : ralentissement du transit intestinal accompagné [...]

Ulcères de l'estomac et du duodenum - I/ Les mots et les faits « Gastr » : Préfixe de tous les mots en rapport avec [...]

Phimosis et prépuce - I / Les mots et les faits   Gland : bout du sexe du garçon, ainsi dénommé en raison de sa [...]

Lombalgies, sciatique et cruralgie - I / Les mots et les faits Vertèbres lombaires : elles sont au [...]

Adénome de la prostate - I/ Les mots et les faits    Urètre : canal d’évacuation de l’urine (entre la vessie et [...]

La phrase biomédicale aléatoire

Nous savons tous que prétendre à la vérité est une "prétention" pas sérieuse. Pas même les dieux n'y ont songé. Les hommes oui, mais pas les dieux.
― Marc Grassin et Frédéric Pochard

Haut de page