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Perfidie des patients

humeur du 21/04/2026

Un « trait » désigne tout caractère morphologique, comportemental, physiologique ou mental. Grand, gros, timide, violent, pessimiste, musclé, tachycarde, distrait, méfiant, basané, émotif ou téméraire sont quelques exemples des millions de traits qui façonnent et décrivent un individu.

En sciences humaines, le problème récurrent est de déterminer la part génétique et la part environnementale de chaque trait. Les psychologues explorent l’environnement, les biologistes préfèrent se concentrer sur les gènes, quant aux médecins, ils sont indécis et souvent en désaccord sur l’origine des traits, et plus encore lorsque ces traits sont pathologiques.

Cesare Lombroso était persuadé qu’être assassin était un caractère héréditaire repérable par la forme du crâne, l’aspect du visage ou la morphologie. Alexandre Lacassagne pensait au contraire que la criminalité s’expliquait surtout par l’histoire de l’enfance et le milieu social.

Les maladies infectieuses, elles-mêmes, n’ont pas échappé à cette dichotomie. La tuberculose, la syphilis et autres miasmes étaient considérés comme héréditaires jusqu’à ce que Pasteur et Koch découvrent les microorganismes responsables. Puis Claude Bernard et Koch lui-même ont considéré que le « milieu intérieur » avait plus d’importance que le microbe.

Malgré des recherches acharnées, on n’a pas trouvé le gène de l’autisme, de la migraine, de la schizophrénie, de l’insuffisance cardiaque ou de la maladie d’Alzheimer, ou plus exactement on a trouvé des centaines de gènes suspects pour chacune de ces maladies, laissant supposer que l’environnement fait comme bon lui semble pour orienter l’expression des gènes dans la direction qui lui plait. On peut aller jusqu’à supposer, encore plus cruellement pour la science, que la nature est une loterie ne répondant à aucune statistique.

Par leur formation, les médecins sont de plus en plus soumis à la tyrannie de L’ADN auquel l’académie a décidé d’attribuer le premier rôle. Il ne s’agit pas d’un choix délibéré, mais d’un choix par défaut, car personne ne sait soigner l’environnement. Puis, par la suite, dans leur exercice, les médecins constatent inversement la part prépondérante et croissante de l’environnement.

Les médecins, ainsi tiraillés entre la science et la pratique, souffrent de ne pouvoir résoudre ce lancinant dilemme biologique, environnemental et clinique.

Certains d’entre eux, par fuite en avant ou par fanfaronnade, s’abandonnent à la génomique, à l’anatomie pathologique et à l’intelligence artificielle qui savent triturer la réalité clinique avec un admirable panache scientifique.

D’autres, par modestie, lassitude ou acrimonie, finissent par considérer que la perfidie est le trait dominant de tous les patients, car ces derniers s’acharnent à détricoter la science clinique pour compliquer volontairement leur tâche.

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On peut craindre qu'il se trouve assez de médecins égarés pour imposer un ordre médical ou hygiéniste à la société, tout comme il s'est trouvé assez de religieux égarés à d'autres époques ou dans d'autres lieux pour imposer un ordre qu'ils jugeaient aussi fondé spirituellement que les médecins jugent leurs valeurs fondées physiologiquement. Des religieux jugeaient bon de brûler les corps pour sauver les âmes, tout comme ces médecins détruiraient la liberté humaine pour sauver les corps.
― Alain Froment

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