lucperino.com

Piétons fragiles et malotrus

humeur du 05/03/2017

Dans la jungle de la circulation urbaine où des doigts se brandissent pour déshonorer les cieux et où des klaxons égrainent les incivilités, nous apprécions tous cette nouvelle délicatesse des automobilistes qui s’arrêtent immédiatement dès qu’aux abords d’un passage protégé, un piéton esquisse une intention de traverser. Et l’on voit souvent ces piétons, ravis, ajouter un geste de remerciement : contagion de courtoisie, encore impensable il y a quelques années.   

Mais parfois, fausse note dans cette convivialité, un piéton malotru brandit à son tour un doigt insolent en direction d’un automobiliste, sous prétexte que ce dernier n’a pas respecté la nouvelle règle, par étourderie ou par défaut de promptitude.
On se met alors à haïr ces passants  qui risquent de gâter les acquis, pour n’avoir pas compris le fonctionnement élémentaire de nos sociétés.

De toutes les espèces, sapiens est celle qui a su le mieux investir la niche de coordination sociale ; l’échange, l’empathie et la coopération, avec leur capacité cumulative, nous ont conféré un avantage définitif sur toutes les autres espèces.
Nous avons tous un sens inné de détection des tricheurs et de pardon à leur égard, tant qu’ils ne menacent pas la coordination sociale.

Ces piétons qui n’ont rien compris me font penser à tous ceux que je vois régulièrement menacer notre solidarité nationale en amassant les dons de la sécurité sociale, avec autant de déraison que les capitalistes fous amassent des fortunes inutiles. Ceux qui n’ayant pas utilisé les trois jours d’arrêt de travail que l’on accorde pour un enfant malade, les réclament avant la fin de l’année. Ceux qui utilisent les ambulances comme des taxis, ceux qui remplissent incessamment leur armoire à pharmacie où se font rembourser les médicaments du chien. Ceux qui réclament au-delà de l’acharnement thérapeutique pour leurs mourants ou comas dépassés, ceux qui se muent en tyrans de la compassion. Ceux qui demandent des indemnités illimitées pour des bobos. Ceux dont les lombalgies servent de passe-droit universel. Ceux dont une égratignure au travail suscite vingt IRM.

Ces exilés de la solidarité nationale sont-ils plus pardonnables que les exilés fiscaux ? Ces collectionneurs de droits sociaux sont-ils moins compulsifs que les richissimes Harpagons cramponnés à leur cassette ?
Certes la compulsion des riches nous coûte infiniment plus cher que celle des pauvres, mais il ne faut pas négliger l’aspect qualitatif. Les uns comme les autres, me paraissent aussi obtus que ces piétons qui n’ont pas encore compris qu’il pouvait être dangereux de trop raturer le nouveau paysage urbain en train de se dessiner.

Écoutez les chroniques médicales

RARE

Site médical sans publicité
et sans conflit d'intérêts.

 

Vous aimerez aussi ces humeurs...

Rappel de 30 000 PIP - En parlant du problème des prothèses mammaires PIP, plusieurs journalistes ont annoncé [...]

Manipulations grossières du ministère de la santé - Une publicité en faveur du dépistage de masse, entendue sur les médias grand public, [...]

Espérance de vie et tourisme - Le peuple français se félicitait avec raison d’avoir l’espérance de vie à la [...]

Après l'étude de Tuskegee - En 1932, à Tuskegee en Alabama, quelques médecins américains souhaitèrent étudier plus à [...]

Éthique conséquentialiste - Les quatre premiers piliers de l’éthique médicale sont la bienfaisance, [...]

La phrase biomédicale aléatoire

La notion de diagnostic et de traitement précoces des maladies est simple dans son principe. Toutefois, son application dans de bonnes conditions (d'une part faire en sorte que les sujets atteints d'une maladie auparavant non décelée reçoivent un traitement, d'autre part éviter de nuire aux individus n'ayant pas besoin de traitements), qui paraît souvent trompeusement facile, pose en réalité des problèmes complexes.
― J.M.G. Wilson et G. Jungnier

Autres fiches patients

Otite externe - I /Les mots et les faits Otite signifie inflammation ou infection de [...]

Anémie ferriprive - I / Les mots et les faits Hémoglobine : pigment qui donne la [...]

Rhume ou rhino-pharyngite - I / Les mots et les faits   La rhinopharyngite est une maladie généralement virale, [...]

Intolérance au lactose - I / Les mots et les faits Lactose : principal glucide (sucre) du [...]

Gastro-entérite du nourrisson - I / Les mots et les faits Diarrhée aiguë : apparition de selles [...]

Haut de page