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Coliques néphrétiques

dernière mise à jour le 17/03/2014

I / Les mots et les faits

  • Colique : contraction douloureuse et brutale d’un viscère creux. Il s’agit d’un symptôme et non d’une maladie.
  • Il existe donc plusieurs coliques : les coliques biliaires (ou hépatiques), les coliques intestinales, etc.
  • La colique néphrétique est la contraction douloureuse d’un uretère avec engorgement douloureux du rein correspondant. Conséquence d'un obstacle à l'écoulement de l'urine.
  • Uretère : canal par lequel l'urine s'écoule des reins vers la vessie. Nous avons deux uretères.
  • Les coliques néphrétiques sont fréquentes. Elles concernent environ 2% de la population, 10% à 20% des appels nocturnes et 2% des admissions en urgence.
  • La cause la plus fréquente est le blocage dans l'uretère d'un calcul formé dans le rein.


II/ Combattre les idées reçues

  • Le terme colique est ambigu, car il est synonyme de l’adjectif qui se rapporte au côlon (gros intestin), (ex : un diverticule colique).
  • Les coliques intestinales sont la contraction des intestins, généralement du côlon, elles sont très fréquentes, c’est pourquoi on les désigne simplement par coliques ; en réalité on devrait dire colique " colique ".
  • Enfin, il ne faut pas confondre avec le terme " colite " qui désigne l’inflammation du côlon.


III/ Les idées-forces

  • La colique néphrétique est une douleur très intense unilatérale lombaire et/ou abdominale irradiant souvent vers les organes génitaux. Elle évolue par vagues.
  • Il n’y a pas de fièvre (sauf complications graves)
  • Il y a souvent des ballonnements, des nausées, voire des vomissements qui peuvent égarer le diagnostic.
  • Il y a souvent des signes urinaires (envies fréquentes, fausses envies, douleurs, etc.)
  • Les patients sont anxieux et très agités, car ils ne peuvent trouver une position qui les soulage. (D'où le terme imagé de colique " frénétique " !)
  • 80% des coliques néphrétiques sont dues à une lithiase (calcul) urinaire. Dans ce cas il y a toujours du sang dans les urines. (La bandelette urinaire est un examen simple pour confirmer le diagnostic au cabinet médical.)
  • Voici les signes d’alarme et les cas imposant l’hospitalisation :
    • Grossesse en cours
    • Patient avec rein unique
    • Insuffisant rénal connu ou patient greffé
    • Calculs bilatéraux
    • Apparition de fièvre (très grave)
    • Baisse de la quantité d’urines (oligurie, anurie) (= insuffisance rénale aiguë)
    • Persistance ou récidive de la douleur malgré le traitement


IV/ L’espace d’éducation et de progrès

  • Les facteurs favorisant la formation des calculs sont : les grosses chaleurs, la transpiration, le sport intensif, la consommation excessive de calcium (laitages, certains médicaments) ou d'oxalate (thé, café, chocolat, rhubarbe, oseille.)
  • Il faut donc boire abondamment entre les crises, surtout en cas d’antécédents personnels ou familiaux de calculs urinaires.
  • Les facteurs qui favorisent la migration d'un calcul dans un uretère sont les trépidations (course à pied, équitation.)
  • Il existe d’autres causes plus rares de coliques néphrétiques. Ce sont toutes les situations où l’uretère peut être comprimé ou rétréci : anomalies congénitales, tumeurs abdominales, brides péritonéales, adénopathies, etc. Toutes ces causes réunies représentent 20% des cas.
  • En cas de calcul, le risque de récidive est de 10% la première année et de 50% les dix années suivantes.
  • L’échographie est le seul examen utile pour confirmer le diagnostic de lithiase.
  • Le traitement de la crise colique néphrétique est celui de la douleur : le paracétamol est très souvent insuffisant, il faut des anti-inflammatoires en intraveineux et parfois de la morphine.
  • Des antispasmodiques sont parfois également utilisés en plus des anti-inflammatoires.
  • Le traitement d’une crise persistante consiste à poser une sonde dans l’uretère entre le rein et la vessie (sonde dite " en double J ")
  • La question de la quantité de boisson reste encore débattue. On conseille souvent de ne pas boire au début de la crise pour ne pas aggraver la douleur, puis de boire librement dès que les symptômes s’améliorent, enfin de boire beaucoup dès que l'obstacle a été éliminé.
  • Le traitement après la crise est celui des calculs (voir lithiase urinaire) ou celui de l’autre cause éventuellement décelée (chirurgie d’une malformation ou d’une tumeur)


V/ Radio trottoir des erreurs quotidiennes

  • Je suis enceinte et j’ai peur, car mon père a eu des coliques néphrétiques et je ne pourrai prendre aucun médicament.
      En fait :
    • Une échographie, en détectant, ou non, des calculs en début de grossesse, peut donner une estimation du risque de crise.
    • En réalité, on peut prendre du paracétamol et de la morphine sous surveillance en cours de grossesse. Les anti-inflammatoires sont très déconseillés et absolument interdits au troisième trimestre
    • Dans tous les cas, il est conseillé de boire beaucoup en cours de grossesse.
  • On me dit que l’on peut guérir mes calculs avec des rayons laser. En fait : Il ne s’agit pas de rayons laser, mais d’ondes de choc centrées sur le calcul à travers un coussin aqueux. On appelle cela la lithotritie extracorporelle, ou plus familièrement " la baignoire". (Voir lithiase urinaire)
  • J’ai aussi pris les médicaments que je prends en cas de colique. En fait : les antispasmodiques utilisés parfois en cas de colique intestinale, sont moins importants en cas de colique néphrétique.
  • Pourquoi ne m’a-t-on pas opéré dès le début, alors que j’ai tant souffert. En fait : la chirurgie d’urgence d’une colique néphrétique est rarement utile. L’opération est une néphrostomie percutanée (mise en place d'une sonde directement dans les reins), on ne la fait qu’en cas d’impossibilité d’une pose de sonde en double J.

Bibliographie

LRP : La Revue Prescrire
Coliques néphrétiques chez les adultes, traitement
Prescrire, juin 2013

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