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Rosacée

dernière mise à jour le 29/07/2019

I/ Les mots et les faits

  • Rosacée : maladie inflammatoire chronique des petits vaisseaux de la peau du visage.
  • Érythrose : rougeur de la peau
  • Couperose : nom donné au sous-type 1 de la rosacée, lorsque la dilatation des vaisseaux du visage est permanente.
  • Acné rosacée : ancien nom donné au sous-type 2 de la rosacée. Plus anciennement encore : goutte rose ou acné rosée. (Tous ces termes ne doivent plus être utilisés)
  • Phyma : peau épaisse et boursouflée avec dilatation des pores.
  • Rhinophyma : nom donné au sous-type 3 de la rosacée. C’est un phyma du nez
  • Télangiectasies : nom savant des dilatations permanentes des petits vaisseaux de la peau. Pouvant siéger sur toutes les parties du corps. Ainsi, la couperose n’est qu’une forme particulière de télangiectasies.
  • La rosacée est une maladie très fréquente qui concerne 2 à 3% de la population adulte (soit 1,5 millions de personnes en France)

II/ Combattre les idées reçues

  • Il ne faut pas confondre les rougeurs de la rosacée avec le rougissement émotionnel des jeunes adultes. Il n’y a aucune relation entre les deux.
  • L'alcoolisme chronique n’est pas une cause de la rosacée, malgré la croyance populaire qui associe la rougeur du visage à l’alcoolisme. L’alcool peut simplement favoriser ou aggraver certains symptômes
  • Il n'existe aucun lien entre rosacée et acné.
  • L'alimentation n'a aucun lien avec la maladie, mais certains aliments peuvent majorer les symptômes.
  • Le stress n'a aucun lien avec la maladie, même si les émotions peuvent majorer certains symptômes.
  • La rosacée n’est pas une maladie bénigne, car elle est difficile à vivre et peut avoir des répercussions psychologiques, affectives et sociales importantes, tout particulièrement chez les femmes.

III/ Les idées forces

  • C’est une maladie très fréquente (2 à 3 % de la population adulte)
  • Son principal symptôme est la rougeur
  • Elle survient entre 30 et 60 ans
  • Elle est excessivement rare chez l’enfant
  • Elle n’apparaît jamais après 70 ans
  • Elle est deux fois plus fréquente chez les femmes
  • Le pic pour les femmes se situe autour de la ménopause (40-50 ans)
  • Cette maladie évolue par poussées
  • Son évolution est très capricieuse et imprévisible
  • Elle n’a pas d’impact sur la durée de vie
  • Mais elle peut avoir un très fort impact sur la qualité de vie
  • Les répercussions psychologiques sociales et affectives sont parfois importantes
    • Les symptômes sur le visage altèrent l'image de soi
    • La rougeur du visage à une image populaire associée (à tort) à un excès de boissons alcooliques
    • La rougeur est associée à des émotions négatives telles que  colère, timidité, etc.
    • Le rouge est peu propice aux rapports sociaux.
  • La rosacée comporte trois formes
  • Ce ne sont pas des stades, mais plutôt des sous-types, car il n’y a pas de chronologie, ni de passage obligatoire de l’un à l’autre
  • Sous-type 1 
  • Forme vasculaire souvent nommée couperose.
    • C'est, de loin, la forme la plus fréquente.
    • L’érythrose (rougeur) en est le symptôme caractéristique
      • Principalement au centre du visage : joues, nez, milieu du front, menton
      • Cette rougeur épargne le pourtour des yeux et de la bouche.
      • Elle diffère donc  du rougissement émotionnel qui concerne tout le visage
      • Cette rougeur est permanente ou dure plusieurs jours
      • Elle diffère donc du rougissement émotionnel qui est très bref
      • Elle peut atteindre  le cuir chevelu chez les hommes dégarnis.
    • La peau devient très sensible. L’application de crèmes, savon et même d’eau peut être douloureux
    • Il y a une sensation de bouffée de chaleur
    • Un malade sur trois peut aussi avoir une atteinte des yeux avec sensation de brûlure ou de grains de sable. Certains parlent alors de « rosacée oculaire » ou de « sous-type 4 ».
  • Sous-type 2
  • Forme papulo-pustuleuse
    • Des papules apparaissent sur l’érythrose ou la couperose
    • Elles ressemblent fortement à de l’acné (d’où l’ancien nom d’acné rosacée)
    • Elles sont parfois douloureuses
    • Elles mesurent de 1 à 4 mm
    • Ces papules peuvent se transformer en pustules
    • Elles disparaissent le plus souvent sans traitement particulier
    • Mais les formes sévères nécessitent un traitement
  • Sous-type 3
  • Forme hypertrophique ou Rhinophyma
    • C’est la forme la plus rare : seulement 5% des cas
    • Elle touche plus souvent les hommes
    • Le nez est rouge et boursouflé, avec une peau épaissie et une dilatation de l’orifice des glandes sébacées
    • Ce nez a une image populaire de l'alcoolisme chronique. Pourtant, l’alcool n'en est pas la cause ; il peut cependant aggraver les rougeurs comme dans le sous-type 1.
  • Ces trois sous-types sont indépendants
    • Il n’y a pas de passage obligatoire de l’un à l’autre.
    • Un patient peut n’avoir que le 1 ou le 2
    • Il peut alterner entre le 1 et le 2
    • Il peut avoir directement le 3
    • Il peut passer progressivement du 1 au 2 puis au 3
    • Les 1 et 2 peuvent guérir avec très peu de séquelles
    • Seul le 3 est définitif.
  • Cette maladie évolue par poussées plus ou moins espacées
    • L’évolution est capricieuse et imprévisible
  • Le diagnostic de la rosacée est exclusivement clinique
    • Le médecin fait le diagnostic simplement en regardant et interrogeant le patient
    • Il est inutile de faire une biopsie sauf s’il y a risque de confusion avec une maladie plus grave.
    • La biopsie est nécessaire dans certaines formes rarissimes : fulminante, œdémateuse ou granulomateuse

IV/ Espace d’éducation et de progrès

  • Les causes de cette maladie ainsi que les processus physiopathologiques restent largement inconnus et assez mystérieux
  • Facteurs génétiques
    • Prédisposition chez les sujets à peau claire, yeux clairs et cheveux clairs. C’est pour cela que cette maladie était surnommée auparavant la "malédiction des Celtes"
    • La maladie est plus fréquente au nord de la France
    • Elle est quasi inexistante sur peau noire
  • Facteurs environnementaux de la maladie
    • Chaleur forte (bains brûlants, souffleurs de verre, cuisinières)
    • Froid intense (pays nordiques)
    • Variations brutales de température
    • Lumière solaire et rayons ultraviolets
    • fort vent
  • Facteurs évolutionnistes parfois suggérés
    • La perte du pelage exposant le visage à plus de lumière
    • La bipédie exposant aussi le visage à plus de lumière
  • Facteurs favorisant les poussées ou aggravant les symptômes
    • exercice physique intense
    • fièvre 
    • fortes émotions
    • consommation d’alcool, de nourriture épicée ou de boissons chaudes.
      • Le café et le thé sont inoffensifs en eux-mêmes
      • ils agissent uniquement parce qu’ils sont consommés chauds.
    • Cosmétiques parfumés ou contenant de l’alcool
    • Certains médicaments anti-hypertenseurs
    • L’élément commun de tous ces facteurs est de favoriser la vasodilatation
    • On a trouvé une corrélation significative entre rosacée et dépression, sans pouvoir établir de relation causale. La maladie pouvant favoriser la dépression (plutôt que l’inverse). Enfin, les traitements rétinoïdes, parfois abusivement utilisés, peuvent favoriser la dépression
  • Cas particulier des corticoïdes
    • L’application de pommades aux corticoïdes aggrave la rosacée
    • L’utilisation de pommades corticoïdes au long cours peut même déclencher la maladie
    • On parle de « rosacée stéroïdienne »
  • Processus physiopathologiques évoqués
    • Il y a une anomalie de fonctionnement des vaisseaux dans certaines situations
    • Les nombreuses terminaisons nerveuses de la peau sécrètent plus de substance « P » responsable d’inflammation. (Le traitement au laser diminue le nombre des terminaisons nerveuses).
    • Dans les formes papuleuses et pustuleuses, les glandes sébacées sont envahies par un acarien normalement présent sur la peau : le demodex folliculorum.
    • Un autre microorganisme Bacillus oleroniusa été également suspecté
    • Il est possible qu’il y ait aussi un processus auto-immun ?
  • Traitements, conseils et prévention
    • Le soutien psychologique et les conseils médicaux aident à mieux vivre la maladie
    • Il faut se protéger efficacement du soleil, voire utiliser des crèmes écrans
    • Il faut éviter tous les facteurs favorisants (cités avant)
    • Il ne faut pas mettre de la glace sur le visage, mais le fait de sucer un glaçon peut suffire à diminuer les symptômes.
    • Pour dissimuler les rougeurs, il faut éviter les poudres et fonds de teint gras
    • Utiliser des fonds de teint médicaux plus fluides.
    • Malgré la sensation de peau sèche et brûlante, les crèmes hydratantes sont un facteur d’aggravation
    • Le gel de brimonidine à 0,3% peut soulager les symptômes
    • On peut faire 3 ou 4 séances de laser pour atténuer la couperose et limiter les poussées
    • On utilise des larmes artificielles quand l’œil est atteint
    • Aucun médicament oral n’a d’efficacité dans le sous-type 1
    • La moitié des patients guérissent sans traitement au bout de quelques années
    • Traitement du sous-type 2
      • Gel de métronidazole à 0,75%
      • Crème à l’acide azélaïque à 15% (non remboursée)
      • Doxycycline dans les formes sévères
    • Traitement du sous-type 3 : rhinophyma
      • Chirurgie par bistouri
      • Électrocoagulation

V/ Radio trottoir des erreurs quotidiennes

  • Je ne comprends pas pourquoi j’ai encore de l’acné à mon âge. Non, il s’agit souvent d’une rosacée qui n’a pas été diagnostiquée.
  • Les crèmes à la cortisone me soulagent. Peut-être un peu temporairement, mais il ne faut surtout pas les utiliser, car elles aggravent votre maladie.
  • Regardez ma tête, pourtant je ne bois pas d’alcool. La rosacée évoque effectivement dans l’inconscient collectif l’image de l’alcoolique. C’est regrettable, car l’alcool n’y est pour rien. Les vrais alcooliques n’ont pas plus de rosacée que les autres (peut-être même moins !)
  • Mon médecin me dit que c’est nerveux. Alors, il a tort. Le stress n’a rien à voir avec cette maladie. Mais il est possible que les émotions favorisent et majorent peu les symptômes.
  • On me dit que c’est parce que je suis dépressif. Il est plus probable que les symptômes de votre maladie soient difficiles à supporter et aggrave un état dépressif préalable.
  • Puisque l’on ne comprend rien à cette maladie, il est probable que c’est psychosomatique. Non, il y a beaucoup de maladies auxquelles on ne comprend pas grand-chose, car elles sont plurifactorielles. La rosacée est associée à une multitude de facteurs génétiques et environnementaux, mais aussi immunologiques, infectieux, hormonaux, etc. Pourquoi pas aussi psychologiques comme toutes les maladies de l’être humain.
  • Le laser ne peut-il pas me guérir définitivement. Hélas non, mais il limite la couperose et peut-être aussi qu’il diminue le nombre de poussées.
  • Mais pourquoi ça évolue par poussées ? Nul ne peut vous répondre. Toutes les maladies auto-immunes évoluent par poussées. Il s’agit d’une maladie où l’environnement joue un grand rôle, et l’environnement est très variable comme vous le savez.

Bibliographie

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Prescrire rédaction
Rosacée :l'essentiel sur les soins de premier choix
Revue Prescrire, mai 2018

Schwab VD, Sulk M, Seeliger S, Nowak P, Aubert J, Mess C, Rivier M, Carlavan I, Rossio P, Metze D, Buddenkotte J, Cevikbas F, Voegel JJ, Steinhoff M
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